Thomas Mathieu : Les crocodiles

Ce que l’éditeur nous dit :
Thomas Mathieu illustre des témoignages de femmes liés aux problématiques comme le harcèlement de rue, le machisme et le sexisme ordinaire. Son travail s’inscrit dans un mouvement plus large de prise de conscience et d’une nouvelle génération de féministes qui utilisent internet pour réfléchir et informer sur des concepts tels le « slut-shaming » ou le « privilège masculin ». Dans ses planches, les décors et les personnages féminins sont traités en noir et blanc de manière réaliste tandis que les hommes sont représentés sous la forme de crocodiles verts. Le lecteur ou la lectrice est invité à épouser le point de vue de la femme qui témoigne et à questionner le comportement des crocodiles particulièrement quand ils endossent le rôle stéréotypé de dragueurs/ prédateurs/dominants.

Ce que j’en pense :
En découvrant les premières pages des Crocodiles, j’ai failli regretter son emprunt à la bibliothèque : une qualité de dessin très moyenne et surtout des zigounettes en veux-tu en voilà, vertes de surcroît (couleur reptile oblige) ! Mis à part me mettre mal à l’aise, je ne voyais pas vraiment le but. Puis j’ai réalisé que c’est précisément parce que cela m’embarrassait qu’il fallait poursuivre, a fortiori parce que bien des situations décrites je les avais déjà vécues, ce qui m’avait autrement plus dérangée que de les découvrir sur papier.
Dans le même temps, je suis tombée sur cette vidéo, dans laquelle une jeune fille raconte une journée qui avait si bien commencée, pour se ternir au fur et à mesure des remarques déplacées qu’elle reçoit, une somme de petites choses “sans conséquences” qui font qu’en rentrant chez elle se sent mal, sale. Cela aussi je l’ai vécue et je ne suis certainement pas une exception.
Bref, le problème est bel et bien là et je trouve que le fait qu’il soit abordé par un homme a d’autant plus de poids. Car qu’une autre chose très importante que j’ai réalisée durant cette lecture est le fait que nombre de ces “crocodiles” étaient des hommes lambda, voire que j’en avais dans mon entourage : des garçons “gentils”, qui pensent bien faire, sans aucune mauvaise intention, mais qui font tout de même du mal sans s’en rendre compte. Il y a un vrai travail de fond à faire pour remettre certaines choses en question, réapprendre aux individus à mieux respecter les autres, leurs besoins et leurs envies, à accepter que “non” c’est “non” et pas “peut-être” (même si on nous a dit qu’il fallait être persévérant pour avoir ce qu’on voulait dans la vie, car à quel prix ?). Il faut voir la violence de certaines réactions lorsque des femmes émettent par exemple l’idée “d’attendre d’en avoir vraiment envie avant d’avoir des pratiques sexuelles avec quelqu’un”, qui décrivent des situations machismes qu’elles ont vécues, ou tout simplement quand quiconque prononce le mot “féministe”. Tous ces propos n’engagent que leurs auteurs, ce qui il me semble ne peut être remis en question, pourtant on dirait que des personnes (des hommes et des femmes) se sentent personnellement attaqués par cela, ce qui est une preuve supplémentaire du malaise général sur ces sujets.
Toutes ces idées sont très bien illustrées par Thomas Mathieu. Elles sont appuyées par des textes complémentaires fort à propos en fin d’ouvrage, qui m’ont définitivement convaincue de la qualité de ce bouquin.

Conclusion :
J’encourage le plus grand nombre à découvrir le projet crocodile.

A lire si vous voulez en savoir plus sur :
le projet crocodile
les compliments
les gentillesses
les envies

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4 Comments

  1. « Bref, le problème est bel et bien là et je trouve que le fait qu’il soit abordé par un homme a d’autant plus de poids.  » : c’est justement ça le problème, qu’il faille que ce soit un membre du groupe dominant qui se saisisse d’un sujet concernant les dominées pour que le message ait une chance très modeste chance d’être entendu.

    Le cri des dominées, quelle que soit la modulation, n’est que du « bruit » dans les oreilles des dominants.

    • Bonjour,

      Merci pour ce commentaire.
      Je suis personnellement bien plus optimiste. Je suis agréablement surprise de voir comment ce sujet est de plus en plus présent dans l’esprit des gens en général. Ce n’est peut-être pas représentatif, mais rien que dans mon entourage, énormément d’hommes sont féministes (qu’ils se catégorisent comme tel ou non), ce qui me semble avant tout un phénomène générationnel. Il parait aujourd’hui peu concevable pour un couple de la trentaine (ou moins) d’envisager un modèle dans lequel la femme fait le ménage et l’homme travail. Et cela vient en partie de la manière dont les mères de cette génération ont élevés leurs enfants. Elles ont donc bel et bien leur influence.
      Mais surtout les problèmes existants sont aussi bien présents dans les esprits féminins, que masculins. Il ne s’agit pas juste d’obliger les hommes « à nous laisser la place ». Les femmes aussi doivent se remettre en question. A fortiori quand on parle d’égalité, tout le monde a sa place pour en parler et sa place pour écouter, se sentir concerné.

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